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La chronique d'Hugues SERRAF : Vive le "subprime lending" !

Publié par Magali Benhaim le 04/05/2008

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La chronique d'Hugues SERRAF : Vive le

Vive le « subprime lending » ! par hugues Serraf

Les « prêts à risque » des Américains sont la version capitaliste du prêt à taux zéro. Prêter aux pauvres serait-il devenu politiquement incorrect ?

La faillite du système capitaliste, fréquemment annoncée, régulièrement reportée, si elle devait se produire à la suite de la crise des prêts à risque aux Etats-Unis — les fameux « subprime mortgages » — n'aurait rien de réjouissant. Elle viendrait en effet légitimer l'approche ultra-frileuse des banques françaises à l'égard de leurs clients les moins fortunés et justifier l’adage selon lequel « on ne prête qu'aux riches »...

La facilité avec laquelle les Américains ont recours au crédit est légendaire. Disons que, d’une manière générale, les ménages yankees sont deux fois plus endettés que les nôtres, d’où le plus grand dynamisme de leur consommation et, partant, de leur économie. Evidemment, on peut toujours déplorer l’adossement de la croissance d’un pays à la capacité qu’ont ses citoyens de s’offrir des automobiles et des machines à laver. N’oublions pas, alors, de nous féliciter de la fermeture des usines qui produisent ces mêmes automobiles et machines à laver (et de la disparition des emplois qui vont avec).

Si le crédit à la consommation est plus développé qu’ici, le crédit immobilier est à l’avenant. Il est donc beaucoup plus aisé, outre-Atlantique, de devenir propriétaire de son logement qu’en France et, du coup, de se constituer un patrimoine éventuellement transmissible (68% des ménages US, contre 50% de leurs homologues français sont dans ce cas). Là encore, on peut ne pas être favorable à la progression du nombre de propriétaires et à la constitution de patrimoines nouveaux, mais que l’on ne vienne pas ensuite s’indigner d’une répartition inégalitaire des actifs financiers dans la société...

Les banques américaines, pour autant, donnent rarement dans la philanthropie et les facilités que vous aurez à emprunter, que ce soit pour changer de télé ou de maison, seront totalement corrélées à votre « credit history », soit la manière dont vous vous êtes acquitté de vos dettes passées. Un score élevé et les dollars couleront à flot ; un parcours jalonné d’incidents de paiement et les choses seront plus délicates. Mais la nature, comme le capitalisme, a horreur du vide et il aurait été surprenant que les dizaines de millions d’Américains ayant un jour eu du mal  à payer leurs traites dans les temps ne soient pas, d’une manière ou d’une autre, récupérés par le système. D’où cette idée de « subprime lending » — de prêts à haut risque.

Dans ce contexte, certains établissements de crédit acceptent les dossiers que les banques traditionnelles refuseraient, sur la base de formules plutôt créatives : l’on peut ainsi se voir proposer de ne rembourser que les intérêts du prêt pendant plusieurs années, de fixer les échéances à un niveau théoriquement inférieur à celui qui serait nécessaire au remboursement du capital sur la durée choisie, voire de démarrer sur un prêt à taux fixe qui se transformera en prêt à taux variable au bout de quelques années (ce système existe désormais ici, mais peut être considéré comme l’héritage des banques britanniques ayant fait une brève et peu glorieuse incursion sur le marché français du crédit immobilier il y a quelques années).

La philosophie générale derrière ce type de prêt ? L’immense majorité des emprunteurs est en mesure de rembourser, les incidents de paiements rencontrés dans le passé n’ayant aucune raison de se transformer en exclusion définitive de la société de consommation. De surcroît, la durée nominale de détention d’un prêt immobilier n’étant qu’une fiction, la plupart des souscripteurs revendant leur bien avant le terme (les prêts sont soldés avant dix ans en moyenne), ils pourront rembourser la banque et empocher une plus-value leur permettant de réinvestir dans un nouveau projet. Las, il arrive parfois que cette fameuse plus-value ne soit pas au rendez-vous au moment de la sortie et que la valeur du bien ne couvre pas totalement l’encours. C’est la vie, ça arrive à des gens très bien. Même à des emprunteurs traditionnels d’ailleurs, bien qu’il soit rare qu’un investissement immobilier à moyen-long terme ne s’avère pas judicieux...

Mais c’est alors le problème de la banque, dont les « number crunchers » sont supposés avoir fait leur boulot en n’excédant pas la capacité statistique de leur établissement à prêter sans risque majeur pour l’équilibre de leur bilan. Vous avez dû remarquer, chez nous, les pubs de ces assureurs de la dernière chance proposant aux automobilistes ultra malusés de leur rendre visite. C’est exactement la même logique que dans le prêt à risque à l’américaine : peu importe les antécédents de vos clients du moment que leurs profils sont à peu près homogènes et que les primes versées sont compatibles avec le niveau du risque qu'ils posent.

En France, une BNP ou un Crédit Agricole ne prêteraient jamais au client-type du supbrime. Les conditions d’accès au crédit se sont sans doute assouplies ces dernières années mais, d’une manière générale, le bon risque immobilier est défini comme suit : un couple de fonctionnaires disposant d’un apport de 30% du prix de son acquisition, titulaire d’un Plan d’Epargne Logement arrivé à maturité, ne s'endettant pas au-delà de 25 à 30% du revenu net du foyer et limitant la durée de son prêt à 15 ans... Excusez du peu. Bon, que ces mêmes établissements soient d'accord pour prêter quelques dizaines de millions de dollars aux spécialistes US du subprime aujourd’hui dans la tourmente ne semble pas leur poser de problèmes de cohérence. C’est qu’ils savent d’expérience que ce segment du marché, extrêmement rémunérateur, est loin d’être aussi dangereux qu’on veut bien le dire.

Pour autant, ce que les banques françaises ne font pas chez elles, il faut bien que quelqu’un s’en occupe. D’où la profusion de mécanismes et de dispositifs complexes, du prêt à taux zéro aux livrets d’épargne défiscalisés, sans parler des usines à gaz de caution d’Etat que notre hyperprésident est en train de nous concocter. Et, quoi, il faut bien que les pauvres puissent se loger eux aussi, puisque la Société Générale se concentre sur ceux qui n’ont pas besoin d’elle !

En tout état de cause, l’annonce de l’effondrement du système étant, une fois encore, largement prématurée, félicitons-nous de la manière dont les réactions s’organisent et de la capacité des Banques Centrales à remettre un peu d'argent au pot lorsque les marchés en manquent. Mais surtout, réjouissons-nous de vivre dans un monde suffisamment sophistiqué pour qu’un problème localisé et identifié (car un problème existe bel et bien) ne soit plus en mesure de provoquer un chaos intégral. Mon seul regret : que cette crise se produise pendant les congés de mon presque homonyme à Libération, Tonino Serafini, ce « spécialiste du logement " toujours prêt à dénoncer la terrible spéculation immobilière annonciatrice d’une fin du monde imminente. Bah, il aura sans doute d’autres occasions de s’étrangler de rage en commentant les premiers effets du remboursement des intérêts de prêts sur le prix du mètre carré à Paris...

Posté dans Actualité Immobilier

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